07 juillet 2010

Rabih Abou-Khalil - Joachim Kühn Trio au Festival de Jazz de La Défense

Rabih Abou-Khalil : Oud

Joachim Kühn : Piano, Saxophone Alto

Jarrod Cagwin : Batterie, Snare Drum, Percussions



La discographie de Rabih Abou-Khalil est surprenante et unique. Si vous aimez passer un peu de temps au rayon Jazz des grands disquaires, vous vous êtes forcément arrêtés plusieurs fois devant ses disques, dont les pochettes sont à elles seules des invitations aux voyages.

Mais contrairement à ce que pourraient laisser penser ces pochettes, d’une esthétique moyen-orientale, la musique de l’Oudiste se nourrit de toutes les cultures, de tous les horizons.

Ainsi peut-on entendre sur ses réalisations des musiciens comme Charlie Mariano, Sonny Fortune, Kenny Wheeler, Steve Swallow, Ellery Eskelin, Michel Godard, Gabriele Mirabassi, Vincent Courtois ou encore le chanteur Ricardo Ribeiro.

Du Liban à New-York, en passant par la Sardaigne ou le Portugal, la musique de Rabih Abou-Khalil ne connaît pas de frontières.



Pour la première des deux soirées de clôture du Festival, il est venu avec le trio qu’il « co-lead » avec le Pianiste et Saxophoniste Allemand Joachim Kühn, le troisième homme étant le batteur Jarrod Cagwin.

Belle prestation.

Connaissant les qualités de ces musiciens, ce n’est guère surprenant. D’autant que Joachim Kühn a également un autre Trio (avec Ramon Lopez à la batterie et aux percussions¨et Majid Bekkas à la Guitare et à l’Oud) avec lequel il a l’habitude de mêler son Jazz exigeant aux accents d’Afrique de l’ouest (Musique Gnaoua).



Peu de similitudes cependant entre les deux formations. Les deux batteurs/percussionnistes ont une conception de la pulsation très différente et l’influence de Majid Bekkas tire la musique vers le Blues tandis que l’Oudiste Libanais privilégie dans ses compositions les mesures composées caractéristiques de la musique Arabe ou Turque.

S’il peut surprendre sur le papier, le Trio délivre une musique évidente au charme immédiat. Les mélodies de Rabih Abou-Khalil offrent à Joachim Kühn un vaste terrain de jeu dont il profite pleinement. Ses mouvements harmoniques mettent en perspective les lignes sableuses du Luth Arabe, qui elles mêmes cadrent la main droite volubile du pianiste. Jarrod Cagwin insuffle au Trio beaucoup d’énergie par son drumming efficace et protéiforme, entre pulsation Jazz et rythmes moyen-orientaux. Son set de batterie, conséquent, lui permet de décliner un rythme sur différentes couleurs percussives.



Pour clore ce concert enchanteur, le Trio nous a gratifiés d’une sublime version de « White Widow », l’un des morceaux phares de Joachim Kühn. Celui-ci s’est payé le luxe d’un solo hallucinant de maîtrise technique et de musicalité, avant de céder la parole à Jarrod Cagwin qui, par un concerto pour cymbales, a introduit un chorus de batterie tout de lyrisme vêtu.

Placé sous le signe du métissage musical, le Trio réussit le pari de marier deux esthétiques radicalement différentes et de les rendre complémentaires. J’en aurais bien repris une louchette, mais bon, le Quartet de Wayne Shorter attend en coulisses…


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