26 juillet 2010

Linda Oh Trio - "Entry"

Ambrose Akinmusire : Trompette

Linda Oh : Contrebasse

Obled Calvaire : Batterie





“Entry” est le premier album de Linda Oh, la contrebassiste dont on parle (un peu).

Pour ce premier effort, elle a choisi une formule pas si courante, le trio avec une trompette comme voix. Cette instrumentation lui permet de donner à sa contrebasse un espace suffisant pour affirmer son style, poser ses pions sur le grand échiquier du Jazz. Avec un son plein, puissant et boisé, elle fait montre d’une aisance technique et d’une intelligence musicale remarquables. Tout au long du disque, quel que soit le tempo, elle assène des lignes à fort caractère, juxtapose des motifs, enchaîne les accords et s’offre le luxe de chorusser sans perdre de vue la fonction pulsative de son instrument. Résolument moderne, son jeu mêle avec originalité tous les styles dont elle s’est nourrie pour un résultat lourd et pétillant.

Les deux autres membres du Trio se fondent dans sa musique avec une totale absence de complexe et une énergie débordante.

Ambrose Akinmusire, décidément dans pas mal de bons coups ces temps-ci, survole tout l’album avec sa sonorité brute, sans vibrato ni sourdines, et son phrasé personnel. Ses chorus et accompagnements sont dénués de toute facilité et c’est en prenant son temps qu’il nous emmène dans son petit monde. Il cultive l’art de la spontanéité et sa trompette, si l’on fait exception de l’introduction de « Numero Uno », au cours de laquelle le re-recording lui permet de se démultiplier pour un résultat original et coloré (bel arrangement), délivre des phrases accrocheuses et décalées. Sa complicité avec Linda Oh est évidente et leur complémentarité apporte une belle cohésion à l’ensemble. Loin des canons du genre, M. Akinmusire continue, avec cet album, à redéfinir le rôle du cuivre dans le Jazz moderne.

Le troisième homme de cette chouette formation est le batteur Obled Calvaire, que je découvre ici, avec son jeu nerveux, ultra-syncopé et bien crade. Le monsieur n’a pas de principes et le principe me plaît. Prenez par exemple son solo à la fin de « Morning Sunset » ou il envoi tout valdinguer sans se soucier des dommages collatéraux. M. Calvaire n’est cependant pas l’archétype du bourrin moyen. Il sait ponctuer, soutenir, faire swinguer avec légèreté… Mais la volonté du Trio de rentrer dedans semble très bien lui convenir et, pour notre plus grand plaisir, l’énergie déployée collectivement le pousse à salir sa pulsation.

Je me maudis ne ne pas m’être libéré pour aller les écouter au Sunside à la fin du mois de juin, le concert a dû être fabuleux. L’incroyable Nasheet Waits remplaçait ce soir là Obled Calvaire et il y a fort à parier que les trois New-Yorkais ont mis le feu à toute la rue des Lombards.

Ce n’est que partie remise car je suis persuadé que nous reverrons très vite Miss Oh et ses Bad Boys du swing…


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