08 juillet 2010

Gueorgui Kornazov Horizons Quintet - « Viara »

Gueorgui Kornazov : Trombone

Emile Parisien : Saxophone Soprano

Manu Codjia : Guitare

Marc Buronfosse : Contrebasse

Karl Jannuska : Batterie



Le Quintet Horizons de Gueorgui Kornazov est composé de cinq personnalités musicales fortes. Tous leaders de leurs propres formations, Emile Parisien, Manu Codjia, Marc Buronfosse et Karl Jannuska mettent leur talent et leur(s) expérience(s) au service de la musique mélodique et raffinée du tromboniste.

Si le jeu collectif et les interventions individuelles ne connaissent aucune restriction, l’orchestre a le bon goût de toujours s’appuyer sur le thème pour développer son jeu et d’y revenir pour jalonner les échanges et improvisations.



Chacun des musiciens dispose d’un espace confortable pour laisser libre court à sa créativité et les soli s’enchaînent à bon train, toujours soutenus par des accompagnateurs attentifs et prévoyants.

Il se dégage de cette musique une profonde humilité et une joie de jouer ensemble palpable. Les univers multiples se fondent dans un foisonnement de timbres et de rythmes chatoyants.

A l’écoute des thèmes soufflés/chantés par Gueorgui Kornazov et Emile Parisien, on se demande pourquoi cette instrumentation (Trombone + Saxophone Soprano) n’est pas plus courante. La complémentarité de leurs timbres offre en effet une très jolie teinte à la fois douce, incisive, légère mais consistante. A ce titre, leur travail sur les unissons/canons, questions/réponses, chant/contre-chant (« Viara ») est remarquable. Jouées à la note puis mises en relief, les mélodies à elle seules ouvrent un large champ d’investigation.

Les interventions individuelles viennent naturellement enrichir les morceaux et s’inscrivent dans la continuité des thèmes, mélodiques, inspirés mais également empreints de cette petite folie qui fait la différence.

Gueorgui Kornazov impose une fois de plus une esthétique parfaite. Sa maîtrise du son, sa large palette de nuances (Souffles, cris, polyphonies lorsqu’il chante et souffle simultanément, à-plats impeccables, souplesse des courbes et angularité des cassures) ajoutées à l’architecture intelligente de son discours et la limpidité de son phrasé lui permettent, en tous contextes, d’envelopper son trombone dans des draps d’évidence.



Différent mais complémentaire, donc cohérent, le jeu volubile d’Emile Parisien épouse la trame mélodique avec, selon les titres, fougue ou délicatesse. Sur « Testament », il nous rappelle que, si ses affinités musicales le poussent souvent vers l’abstraction (ou plutôt une vision sophistiquée de l’écriture et de son ornement), il n’en reste pas moins un saxophoniste d’une immense finesse. Sur « Véronique » ou « Sianie», sa vélocité et sa créativité étonnent.



En assurant le lien entre les soufflants et la section rythmique, Manu Codjia semble avoir le don d’ubiquité. Il peut soutenir le thème ou participer à un riff pour lui donner de la consistance, tisser une toile harmonique pour colorer le morceau, devenir soliste (et quel soliste !) ou encore incorporer sa guitare dans la rythmique pour offrir un écrin à la contrebasse de Marc Buronfosse. Il peut du coup déplacer la masse sonore pour garantir un équilibre parfait. Dans toutes ces situations, sa guitare est essentielle.



La lisibilité de la musique du Quintet doit beaucoup à la contrebasse pleine de pudeur de Marc Buronfosse, anti-démonstrative et irréprochable d’un bout à l’autre de l’album. Toujours dans la nuance, il offre à la formation une ossature moelleuse grâce à des lignes subtiles et réfléchies. Ses chorus sur « Testament » ou « Oblatsi » sont à l’image de son jeu : d’une beauté sans artifice. Sur « Sianie », une approche plus offensive de l’instrument finit de nous convaincre de sa polyvalence et de son aisance sur tous les registres.



Il trouve en Karl Jannuska un partenaire de choix. Ses rythmes, dansants comme les mélodies sont chantantes, apportent une pulsation douce et optimiste. Ses propositions sont toujours intéressantes, que ce soit dans l’énergie (le passage orageux dans « Sianie »), dans la subtilité (magnifique jeu aux balais sur « Na Mama ») ou dans l’originalité (le rythme de marche qui donne au titre « Lune » une légèreté paradoxale).



Ce Quintet « Horizons » est une formation qu’il serait bon de pouvoir voir et entendre plus souvent. J’ai eu le plaisir de les voir il y a quelques jours à Conflans-Sainte-Honorine et j’ai passé un moment des plus agréables. Tout le bien que j’ai pu dire de leur album est également vrai pour leurs prestations « Live », donc je vous recommande fortement de faire le déplacement s’ils sont de passage par chez vous…

A noter, lors du concert à Conflans, la participation sur quelques morceaux de la chanteuse Elisabeth Caumont, qui a écrit des paroles sur les thèmes de Gueorgui Kornazov et les a chantés avec enthousiasme, précisant sa joie de pouvoir partager un moment de musique avec ces grands musiciens. On la comprend.



En attendant leurs prochains concerts, régalez-vous à domicile avec « Viara », cet album compte.

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