07 juillet 2010

Eric Legnini Trio et Chris Potter Quartet au Festival de Jazz de la Défense

La semaine dernière, La Défense accueillait sur son parvis quelques sommités du Jazz pour son festival estival.

Une bonne occasion pour les gens qui y travaillent d’aller se dégourdir les oreilles à l’heure du déjeuner, et une chance pour tous d’assister les soirs de week-end à de très beaux concerts gratuits et en plein air.

J’ai eu la possibilité d’aller voir 4 concerts, je m’abstiendrai donc de parler des autres artistes programmés, dont j’aurai pourtant aimé voir la prestation (n’est-ce-pas M. Z ?)…

Lundi, un soleil timide est venu éclairer une scène sur laquelle le Trio d’Eric Legnini a ouvert les hostilités sur le parvis.

Line Up :

Eric Legnini : Piano

Thomas Bramerie : Contrebasse

Frank Aghulon : Batterie

Le répertoire, principalement axé autours des compositions de leur dernier album (« Trippin’ »), laisse la part belle aux grooves bluesy caractéristiques de la trilogie d’albums du pianiste (« Miss Soul », « Big Boogaloo » et « Trippin’ »).

Avec son jeu propre au swing élégant, il a pu profiter durant cette petite heure de concert d’un soutient souple et de qualité de sa section rythmique. A noter que la contrebasse est tenue par Thomas Bramerie, en lieu et place de Mathias Allamane. Il s’est montré tout à fait convaincant (le contraire aurait été surprenant, connaissant le monsieur) en apportant au Trio de jolies lignes bondissantes et boisées.

Frank Aghulon nous a gratifiés d’une belle introduction en enrichissant la sonorité de sa batterie avec des grelots et shakers (« Casa Bamako »).

Après quelques minutes de pause (je salue au passage l’efficacité du staff technique pour le changement de plateau), le Quartet de Chris Potter est venu inonder le parvis de son Jazz-Funk intelligent et efficace en diable.

Line Up :

Chris Potter : Saxophone Tenor et Soprano

Adam Rogers : Guitare

Scott Colley : Contrebasse

Nate Smith : Batterie


Chris Potter, on le sait, est l’un des saxophonistes les plus doués de sa génération. Sa technique est hallucinante, certes, mais c’est la force de son jeu, son à-propos, qui laisse rêveur. Entouré d’une rythmique superlative, il a proposé à un public attentif et enthousiaste un set parfaitement calibré et équilibré, alternant des grooves acides et des passages plus posés. Le saxophoniste est assurément à l’aise sur tous les registres (il suffit de se plonger dans sa discographie, en leader ou sideman, pour en être convaincu… De son groupe « Underground » à l’Electric Be Bop Band de Paul Motian, ou encore le trio de ce dernier sur leur dernier et indispensable Live « Lost In A Dream ») et il nous a livré une bonne synthèse des différentes facettes de son jeu, avec un son gros comme ça et un phrasé magnifique.

A ses côtés, Adam Rogers et sa Telecaster. Le guitariste a fait montre d’une grande originalité, dispensant ses interventions avec finesse et parcimonie. Privilégiant un son légèrement saturé et un volume puissant, il a tout au long du concert placé sa guitare dans tous les interstices, pour donner une consistance électrifiée au groupe. Ses soli nous ont donné l’occasion de prendre la mesure de son inspiration et ses rythmiques funky de nous dégourdir les jambes. Un live @ The Village Vanguard de son Quintet est consultable sur www.npr.org, je mets son écoute dans mes priorités à venir.

L’immense Scott Colley, pilier de la scène Jazz d’outre-atlantique, a comme à l’accoutumée brillé par la justesse de son placement et un engagement total dans cette musique qui nécessite beaucoup de rigueur rythmique pour inciter à la danse et suffisamment d’inspiration pour titiller notre intellect et notre curiosité. Cette rigueur et cette inspiration, le contrebassiste les a mariés à merveille tout au long du set. Chacune de ses apparitions est pour moi un évènement et ce concert ne déroge pas à la règle.

Nate Smith (que l’on a déjà pu écouter aux côtés du saxophoniste, notamment sur l’excellent « Follow The Red Line… Live At The Village Vanguard » dans une autre formule également électifiée, ou au sein des Quintet et Big Bands de Dave Holland) s’avère être le batteur rêvé pour cette musique, avec son drumming délicieusement syncopé et ses frappes lourdes. Son truc à lui, c’est la grosse pulsation, et il fait ça avec un tel aplomb qu’il en devient irrésistible.

Une très grosse prestation, sous un soleil venu lui aussi se réchauffer devant un Quartet dont on attend avec impatience les prochains passages et albums…

Pour terminer je tiens à préciser que le son, pour les deux groupes, était parfaitement réglé. Merci au responsable.

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