06 juin 2010

Sophia Domancich, William Parker & Hamid Drake : Washed Away

Sophia Domancich : Piano
William Parker : Contrebasse
Hamid Drake : Batterie



Sophia Domancich est une femme de rencontre.

Elle a réunit pour un concert au Sunside un trio dont les deux autres membres composent l’une des sections rythmiques les plus passionnantes et investies d’outre-atlantique (je vous recommande au passage d’écouter ou réécouter les deux volumes de « Evolving Silence » avec le saxophoniste Israélien Albert Beger). Leur rencontre est un délice.




La musique jouée durant ce concert (heureux spectateurs !) est anguleuse, chacun tirant partie des accents des autres pour élever l’intensité. Un petit ostinato de Sophia Domancich ? Hamid Drake en profite pour complexifier son drumming. Ce drumming se fait pressant ? William Parker saute sur l’occasion pour tendre son jeu jusqu’à la brisure.

Les trois musiciens ne tombent cependant pas dans l’écueil de la surenchère. Avec simplicité et feeling, ils reviennent à un dialogue plus serein, avant de lâcher la bride pour repartir au galop… Ceux qui aiment le Jazz libre, le flux et reflux d’intensité liés à l’instant, seront séduit par ces trois titres « format club » (15’35, 10’07 et 36’27, soit une durée conséquente qui laisse le temps à la musique de se jouer, de se construire, de s’élever, dans l’énergie comme dans le songe).





L’album commence avec le morceau éponyme « Washed Away », un titre signé par les trois musiciens du Trio. Cela commence par une mélopée jouée en boucle au Piano, puis la musique se démembre. L’interplay est constant, la montée en puissance inévitable.

Le second titre, « The Seagulls Of Kristiansund » est une magnifique ballade signée par Mal Waldron. Elle est sublimée par l’interprétation délicate du trio. Ecoutez le solo de William Parker, qui commence par quelques notes suspendues, puis alterne bouillonnement de notes et cordes simplement frottées dans le sens du manche. Puis le Piano et la batterie reviennent, sombres, le Piano reprend le contrôle sur les grincements de l’archet et les vrombissements de toms. Retour au thème sur fond d’apocalypse calme. Le travail sur la couleur effectué sur ce titre est sidérant, c’est sombre, orageux et d’une incroyable beauté, sans artifice.

Le troisième titre est une reprise du « Lonely Woman » d’Ornette Coleman. Le thème est effleuré, contourné, évoqué par Sophia Domancich tandis que William Parker et Hamid Drake brouillent les pistes, harmoniquement pour le premier et rythmiquement pour le second. La pianiste semble s’en réjouir, et précise peu à peu les contours de la mélodie. Chacun se règle sur l’autre, et rythme, harmonie et mélodie se retrouve pour une très jolie montée en puissance. Jeu de construction/déconstruction totalement maîtrisé par les trois musiciens, dont l’implication semble exacerbée par une sorte de transe. Ca joue fort et dense, ça groove, ça swingue, jusqu’à un final impressionnant d’intensité.



La captation est exemplaire et ceux parmi vous qui vont rôder du côté de la Rue des Lombards reconnaîtront l’ambiance et le son du Sunside, très bien restitués.

Cet album, en plus de ses indéniables qualités intrinsèques, à le mérite de donner un bon aperçu du Jazz tel qu’il est joué en Club aujourd’hui, ce qui n’est pas si fréquent. Il est en tous points réjouissant et nous rappelle qu’une soirée en Club est souvent une soirée de gagnée. Pas d’hésitation, je rappuie sur « Play ».

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