22 juin 2010

Antoine Hervé - "I Mean You (A Tribute To Thelonious Monk)"




Antoine Hervé : Piano





Oups, j’ai faillit commencer cette chronique par une petite phrase bateau du style : « Pas évident de reprendre Monk en solo et en Live, l’exercice est casse-gueule, blablabla… ».

Je me reprends à temps : Antoine Hervé est un pianiste brillant (j’en veux pour preuve ses excellents albums, notamment « Road Trip » ou « Summertime », en trio avec les frères Moutin) et les compositions de Monk sont tellement belles que le concert ne peut qu’être réussi. La seule difficulté, lorsque l’on fixe la prestation sur support disque, est de s’assurer que le rendu soit suffisamment riche et pertinent pour que l’auditeur puisse faire le choix de passer une heure en compagnie de cet album plutôt que de retourner dans sa discothèque chercher les faces historiques gravées par Thelonious Monk lui-même.

Cela ne m’a pas effleuré l’esprit une seule seconde.



Antoine Hervé réussit le tour de force de relire ces standards avec son propre vocabulaire, imposant un univers très personnel dans lequel transparaît son amour pour la musique, le jeu, le style du pianiste américain. On retrouve pas mal de traces de l’héritage pianistique laissé par ce dernier (main gauche percussive, phrasé délié, fulgurances dans les aigus, et surtout l’espace, toujours là…) mais toutes sont assimilées, digérées, et utilisées par un musicien qui se joue des conventions et réinvente un équilibre qui lui est propre.



On ressent tout de suite l’implication du pianiste, quel que soit le registre exploité. Il peut caresser les touches de son piano du bout des doigts ou mettre tout l’élan de son corps au moment de plaquer un accord, les notes sont jouées en cascades cristallines ou martelées d’une main puissante. Il se dégage de la relecture de ces standards beaucoup d’émotion, de sensibilité, avec néanmoins un swing constant et éminemment musical. Les mélodies sont effleurées, esquissées, presque citées parfois (« Well, You Needn’t »), plongées dans une mer d’accords et d’arpèges, et elles offrent au pianiste un champ d’investigation sans limites, si ce n’est celles du bon goût. Antoine Hervé exploite à merveille toute la tessiture du clavier, va chercher dans les entrailles du piano des grincements et des résonnances métalliques qui élargissent sa palette de sons.

Ayant (de justesse, certes !) évité le piège d’introduction, je m’octroie le plaisir d’une petite facilité pour conclure cet article :

Chapeau !

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