16 mai 2010

Yolk Festival # 5, Collection Printemps/Eté


Deux fois par an, le dynamique label Yolk organise un festival pour présenter les nouveautés et faire vivre leurs différents projets.
La cinquième édition du Festival a eu lieu au Studio de l’Ermitage et nous avons eu le plaisir d’assister à la première soirée, avec en première partie de soirée le groupe UNIT, qui présentait son nouvel album « Wavin’ », puis le groupe PRINT, soit deux concerts réjouissants.

Attardons nous tout d’abord sur le concert de la nouvelle mouture de UNIT, avec :

Matthieu Donarier : Saxophones Soprano et Tenor, Clarinette
Laurent Blondiau : Trompette, Bugle
Sébastien Boisseau : Contrebasse
Mika Kallio : Batterie, Objets divers
+ Mikko Innanen : Saxophone Alto




Loin de toute volonté démonstrative, c’est une musique résolument collective qui nous a été présentée. Trouvant le juste équilibre entre écriture et improvisation, la formation s’arrange pour laisser de l’espace à chacun sans que jamais les interventions individuelles ne prennent le pas sur le son d’ensemble. Les musiciens ne sont ni solistes, ni accompagnateurs. Leurs parties s’imbriquent, se complètent, se superposent pour donner vie à des pièces d’une indéniable originalité, et qui sont autant d’invitations au voyage.




Difficile de décrire cette musique à la fois complexe (saluons la préoccupation formelle) et très aérienne… L’harmonie est parfaite au niveau de la rythmique, la contrebasse profonde et espiègle de Sébastien Boisseau ayant beaucoup de choses à dire à la batterie virevoltante du surprenant Mika Kallio. Celui-ci développe un drumming impressionniste d’une grande finesse en utilisant toutes les sonorités de sa batterie (cercles, harmoniques), un jeu de cymbales très coloré et divers objets qui enrichissent sa palette de couleurs. Son set de batterie est à lui seul un plaisir pour les yeux : petite grosse caisse, petites cymbales montées en colonne et ride irisée. Et si Mika Kallio projette ses tintements, il assoie la pulsation grâce à un drive irréprochable. En cela, il est parfaitement en phase avec Sébastien Boisseau, qui, comme toujours, allie la force d’un swing constant au développement d’une multitude de petites phrases, d’idées et d’ouvertures diverses. Tous deux allient puissance et raffinement, assise rythmique et musicalité.



Avec une grande cohérence par rapport à ce travail rythmique, les soufflants alternent travail de la matière et jaillissements. Souvent très meubles, leurs interventions sont volontairement juxtaposées, petites phrases en faux unissons et discours lovés. Laurent Blondiau joue avec ses sourdines, pivote sur place pour offrir aux spectateurs un effet stéréo, et passe du cri au souffle. Matthieu Donarier, comme toujours, utilise son impressionnante technique avec parcimonie, privilégiant la construction patiente de chorus ayant un sens.





De passage en France pour quelques dates, le saxophoniste Alto Mikko Innanen (http://www.mikkoinnanen.com/), interlocuteur régulier du batteur, a rejoint le quartet pour quelques échanges passionnants. Sur un thème murmuré par Laurent Blondiau et Matthieu Donarier, il a commencé par verser un magma bouillonnant de notes jouées en arpège et en souffle continu, laissant cette musique circulaire prendre forme au fur et à mesure. Intervention culottée ! Les trois instruments à vent ont ensuite croisé le fer, tressage de stridences et rondeurs. Sur cette partie, le jeu du saxophoniste Finlandais m’a fait penser à Eric Dolphy pour son phrasé incisif et sa sonorité brûlante.







L’ensemble est frais, moderne, léger et profond. Jetez vous sur l’album, la musique de UNIT vaut son pesant d'or…


La seconde partie de la soirée fut assurée par le groupe PRINT :

Sylvain Cathala : Saxophone Tenor
Stéphane Payen : Saxophone Alto
Jean-Philippe Morel : Contrebasse
Franck Vaillant : Batterie





Les quatre membres du groupe déploient une force de frappe impressionnante, que ce soit au niveau du jeu collectif ou des chorus. Les compositions ciselées de PRINT, signées par Sylvain Cathala, sont jouées avec beaucoup de rigueur rythmique. Les unissons sont nombreux et les quatre musiciens s’y collent, ce qui donne aux thèmes un aspect très anguleux.



J’ai beaucoup apprécié la complémentarité des deux saxophonistes, volutes mattes et pleines de rondeur pour Sylvain Cathala le Tenor, phrasé nerveux et son brillant pour Stéphane Payen l’Alto. La seule constante est la qualité du propos, dans les deux cas à mi chemin entre tradition et modernité. Ca swingue beaucoup, de façon énergique et élégante.





Quoi de mieux pour soutenir ces propos boisés qu’une bonne grosse contrebasse bien puissante ? Jean-Philippe Morel, que l’on entend et voit souvent dans des contextes plus électriques (notamment au sein du Septik de Médéric Collignon, du projet « Call The Mexicans » ou encore avec le « United Colors Of Soddom », groupe de Jazz/Trash…) assure un accompagnement massif, jouant souvent des accords en barré pour un résultat surprenant, des parties de basse Fusion jouées Jazz, avec le charme organique du gros violon, ses cordes qui frisent, les grincements de l’archet… A ce titre, il faut mettre au crédit du contrebassiste une superbe intro en solo absolu durant laquelle il a créé un univers captivant en mêlant mélodie et dissonances, travaillant ses lignes autant que sa matière. Joli moment de créativité.





Franck Vaillant, confortablement installé derrière sa batterie jaune à paillettes, s’est avéré être l’homme de la situation et plus encore. Ses lourdes frappes n’étant pas antinomiques d’une incontestable délicatesse, il a contribué à rendre la musique compacte par une pulsation n’ignorant ni le swing, ni le groove. Beaucoup de finesse également dans la recherche de sonorité, notamment par l’utilisation d’un long collier de perles qu’il a fait serpenter entre ses toms et cymbales, trouvant ainsi le moyen de créer un bruissement général de sa batterie, colorant la jolie intro de Jean-Philippe Morel évoquée plus haut.





Avec son alternance de riffs dynamiques et de solos enflammés posés sur une rythmique massive, le groupe nous a donné envie de nous replonger dans leur discographie, et nous attendons avec impatience leur nouvel opus, dont une partie du répertoire a été présenté lors de ce concert, ainsi que les prochaines dates de la formation.


Deux concerts résolument différents et tous deux magnifiques. C’est un plaisir de voir et écouter des musiciens avec une identité musicale aussi marquée (deux styles de jeu de contrebasse, deux drumming différents, quatre approches du sax… Vive la diversité !). Vivement la collection Automne/Hiver, et cette fois, je m’arrangerai pour être dispo les trois soirs !!!

A écouter :

UNIT – « Wavin’ », “Time Setting”
PRINT – « Around K », « Baltic Dance”, “[A.K.A.] Dreams”

Tous ces albums sont disponibles (excepté « Time Setting ») pour 10 euros sur le site du label : http://www.yolkrecords.com/

Faites vous plaisir !

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