23 mai 2010

UNIT - "Wavin"

Matthieu Donarier : Saxophones Tenor et Soprano, Clarinette
Laurent Blondiau : Trompette
Sébastien Boisseau : Contrebasse
Mika Kallio : Batterie, Objets
+ Veli Kujala : Accordéon







Les liens tissés entre différents labels européens sous l’égide du collectif ZOOM ! génèrent de jolies rencontres. « Wavin’ » est la première trace phonographique de la nouvelle mouture du groupe UNIT, dont la musique est désormais teintée des frappes et caresses nacrées de Mika Kallio, batteur/bruitiste affilié au label Finlandais FIASKO. Pour son premier effort, cette nouvelle mouture du groupe a convié l’accordéoniste Finlandais Veli Kujala et celui-ci contribue à la magie des morceaux auxquels il participe.

On peut se réjouir de cette association, car le projet qui nous est présenté est parfaitement abouti et d’une grande originalité.






L’album est composé de treize titres, avec une alternance de compositions et de pièces improvisées. Dans les deux cas, un soin tout particulier à été apporté à la création d’ambiances et de climats, le disque baignant du début à la fin dans une luminosité faite du contraste entre rayons de mélodie (clarinette soyeuse, trompette de velours, accordéon chuchoté, contrebasse moelleuse, batterie chantante) et zones d’abstraction (souffles éparts, dénivelés, cordes tirées, rythme dissous).

Ecouter la musique de UNIT, c’est comme regarder au fond d’un ruisseau, quand les formes les plus simples, brouillées par le mouvement, unissent leurs danses en un ballet où l’on est finalement bien en peine de distingué le minéral, le végétal, l’existant et le rêvé.

Sébastien Boisseau, plus rassembleur que leader, site comme référence « Old And New Dreams ». La référence vaut pour la liberté de jeu mais l’on retrouve dans l’album une référence explicite à Don Cherry et ses acolytes : le chant des cétacés. Là où le quartet des années 60 chantait pour les baleines (immortelle « Song For The Whales »), celui d’aujourd’hui et de demain nous invite à faire une ballade à dos de tortue de mer, moment d’une rare poésie.



L’album s’écoule comme une rivière. Un plan d’eau, calme, nous laisse le temps de nous familiariser avec le paysage (« Underwater Scenes »), au bout du plan d’eau, le courant se fait plus intense, on se sent transporté par le cheminement sinueux du serpent d’eau (« Wavin’ »). Un peu grisés, nous inspirons un grand coup (« La Dialectique Du Souffle ») avant d’être emportés dans les rapides (« Interceptor »). Plus bas, ivres d’agitation, nous trouvons un banc sableux sur lequel nous reprenons nos esprits, rêveurs (« Dunes »). Suite de la promenade en sautillant de pierre en pierre, alternance des petites frayeurs des glissades et de la sérénité du cadre (« Malinois »). L’ambiance s’assombrit (« Stalker Lament »), le fond de l’eau s’éloigne, l’eau devient moins douce, plus bleue, et nous voici partis à dos de tortue pour une ballade océane (« On The Back Of The Sea Turtle » - « In Coudoulous Brooks »). Sortis des profondeurs, nous sortons la tête de l’eau, faisons la planche, puis, la mer étant d’humeur changeante, nous nous agrippons à un tronc pour essuyer une belle tempête (« Angel’s Thoughts »- « Wanbli »). Déboussolés, nous reprenons connaissance, doucement. Peu à peu la lumière orangée filtrée par nos paupières se tâche d’ombres. Une douce brise finit de nous réveiller et nous ouvrons les yeux, au bord d’un plan d’eau (« Crocus »). Rêve ou grande aventure ? Qu’importe, seule compte l’ivresse du voyage (« Memorive »).



Par ailleurs, certains morceaux rappelleront de très bons souvenirs à ceux qui suivent les carrières respectives de Sébastien Boisseau et Matthieu Donarier, puisqu’on retrouve une version de « Underwater Scenes » (morceau déjà présent sur le superbe « Live Forms » du Trio de Matthieu Donarier) ainsi qu’une reprise de « Wanbli », titre que Sébastien Boisseau a déjà interprété avec deux groupes majeurs du Jazz contemporain : le Quintet Baby Boom (sur l’album éponyme) et le Quartet MKMB (sur « Emotions Homogènes », déjà un classique !).

A noter également l’élégante discrétion du Quartet, qui s’efface pour laisser Veli Kujala inventer un petit monde sur le très beau « Angel’s Thoughts »… Belle preuve d’abnégation.

Où l’art et la manière de marier le lisse au rugueux, l’eau à la roche, le tangible à l’insaisissable, sans jamais pour autant faire le sacrifice de la beauté.


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