06 mai 2010

Arnault Cuisinier - "Fervent"

Jean-Charles Richard : Saxophones Soprano et Baryton, Flûte

Guillaume De Chassy : Piano

Arnault Cuisinier : Contrebasse

Fabrice Moreau : Batterie



« Fervent » est le premier album d’Arnault Cuisinier. Gageons qu’il soit le premier d’une longue série car, inutile de tergiverser, ce coup d’essai s’avère être un coup de maître.

Dans les liner notes, Guillaume De Chassy précise que le contrebassiste a pris le temps de laisser mûrir ses compositions et également l’esprit de groupe du quartet, puisque celui-ci existe depuis plus de deux ans. Cela s’entend tant il fait preuve de cohérence et de caractère. Toutes les compositions sont signées par le leader, qui nous montre ici, en plus du talent de contrebassiste qu’on lui connaissait déjà, un sens affûté pour la mélodie et la mise en forme.



Pour la petite histoire, Arnault Cuisinier n’est pas seulement contrebassiste de Jazz. Il est aussi chanteur Ténor, notamment au sein de l’ensemble vocal de musique contemporaine « Soli Tutti ». Cela explique peut être en partie le talent qu’il a pour agencer sa musique, utiliser les timbres et personnalités de chacun avec un réel sens de la dramaturgie. La complémentarité des musiciens est ainsi exploitée au mieux, et chacun apporte sa pierre à l’édifice sans aucune restriction.



Les climats sont variés et la musique se fait tantôt légère et intimiste, tantôt épaisse et dynamique, la cohérence du projet venant d’une intensité de jeu et d’une inspiration de tous les instants. Jean-Charles Richard nous offre des arabesques et architectures de chorus dont il a le secret (comme cette incroyable envolée au Soprano sur « Ardent », entre deux parenthèses flûtées), Guillaume De Chassy disperses ses notes perlées (magnifique prise de son) et ses accords tendus avec une rare élégance, et Fabrice Moreau trouve ici des contextes qui lui permettent de développer son jeu si caractéristique, chants des fûts, bruissements de cymbales et pulsation ponctuée. Je l’ai par le passé comparé à Paul Motian (joli compliment), mais plus j’écoute l’un et l’autre, plus je trouve leurs univers respectifs uniques, leur point commun étant la recherche systématique d’une forme de musicalité percussive. Et si l’on sait la Contrebasse d’Arnault Cuisinier aventureuse, on la redécouvre ici sans cesse, par ses lignes élastiques, sa sonorité puissante et son soutient à la fois rythmique et mélodique.



Pour son habile construction qui alterne morceaux très dynamiques et respiration, pour la qualité des compositions, l’excellence de l’interprétation, pour son énergie et sa force, cet album se doit de figurer dans la discothèque de tous les amateurs du Jazz que l’on pratique aujourd’hui. Et dans celle des autres aussi d’ailleurs !

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