05 avril 2010

Sylvain Cathala Trio : "Moonless"


Sylvain Cathala : Saxophone Tenor
Sarah Murcia : Contrebasse
Christophe Lavergne : Batterie









Je me réjouis de la multiplication des petites formations qui proposent des compositions intéressantes servant de tremplin à l’interplay et à l’improvisation collective, et aussi de la bonne habitude qu’ont pris beaucoup de musiciens de s’amuser à brouiller les pistes. Qui solote ? Qui accompagne ? Qui propose ? Qui rebondit ? Tout le monde pardi !

L’optimisation du potentiel narratif des trois instruments permet un tissage réjouissant des différents discours. On parcourt de fait le disque comme une ballade à l’itinéraire en boucle. Car malgré la très grande affection que j’ai pour le Jazz d’hier, j’apprécie beaucoup de ne plus avoir à me promener avec la certitude qu’une fois au bout du chemin, je devrai faire demi-tour et repasser devant ce thème… Ici on se contente d’avancer et de se délecter d’un paysage dont on sait que l’on ne reverra les accidents que lors de notre prochaine sortie, pas sur le retour, dans quelques minutes.




Les idées développées, nombreuses, incessantes même, mais discrètes, ont donc la saveur de l’éphémère, comme le vol gracieux d’une libellule que l’on aurait pu ne pas voir et dont on se délecte, petit plaisir égoïste que l’on se garde bien d’évoquer tant l’on sait son charme indescriptible.

Ainsi nous nous promenons tout au long de cet album, composé de sept titres au cours desquels Sylvain Cathala, Sarah Murcia et Christophe Lavergne n’ont de cesse de combler l’espace qui leur est offert en créant de l’espace pour les autres. Musique dense, complète, compacte, mais paradoxalement légère et aérée. J’entend ici beaucoup d’élégance, car au-delà des exigences formelles (dénivelés impressionnants, articulations complexes, …), le chant est omniprésent.





La somme d’expériences diverses et passionnantes s’entend dans cette musique aventureuse et lisible, totalement aboutie. Sarah Murcia, qui a promené sa contrebasse dans des contextes variés (de Jacques Higelin à Steve Coleman, en passant par le Magic Malik Orchestra), a ici un rôle mélodique primordial et le saxophoniste s’appuie sur son extraordinaire présence pour distiller ses phrases sans avoir à porter sur ses épaules la consistance du trio. Ses interventions n’en sont que plus pertinentes, puisque jamais forcées. Christophe Lavergne offre pour sa part une pulsation subtile et inventive, avec un drumming efficace qui amène ce qu’il faut de brisures pour ponctuer un swing efficace.





A la fois profond et fouillé, sophistiqué et accessible, cet album mérite vraiment le détour. Je vous conseille, puisqu’il est autoproduit, de vous le procurer directement auprès de Sylvain Cathala sur cette adresse : http://www.sylvaincathala.com/

J'ai emprunté les photos de cet article à Christophe Alary sur cette adresse : http://www.flickr.com/photos/archipel2005/

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