09 février 2010

Thomas Savy - "French Suite"


Thomas Savy: Clarinette Basse

Scott Colley: Contrebasse

Bill Stewart: Batterie





Cela commence par un son de cloche évocateur de nos petits villages. Et tout de suite, un bruissement. C’est Bill Stewart qui caresse sa batterie. Premier unisson de la Clarinette et de la Contrebasse. L’écriture est élégante et l’interprétation souple et limpide.

A partir de la seconde plage, c’est le swing qui règne en maître. Je ne surprendrai personne en soulignant la finesse et la puissance du drive de la section rythmique. Ces deux là sont des géants, monstres de techniques et maîtres de l’esthétique. Leur rencontre avec Thomas Savy est un régal.



En choisissant la formule du trio, Thomas Savy s’octroie de grands espaces qu’il exploite pour développer de longues improvisations narratives avec une délicieuse sonorité d’ébène.

La clarinette basse est un instrument qui a la réputation d’être exigeant. A l’écoute de cet album, on a pourtant une impression de facilité tant les différents registres de l’instrument sont exploités avec naturel et spontanéité, des graves les plus rauques aux aigus lisses ou déchirants.

Cette si jolie sonorité se sentirait bien seule si elle n’était mise à la disposition d’un discours dont chaque phrase semble être une introduction à la suivante. A la manière d’un joueur d’échecs qui anticipe les cinq prochains déplacements, Thomas Savy construit ses interventions petit à petit, en prenant son temps, en les scénarisant. Du coup il n’y a aucune répétition et l’on est captivé par le déroulement passionnant de chaque mouvement de cette « French Suite ».



Ce discours si bien pensé et joué doit également beaucoup à Scott Colley et Bill Stewart, dont l’inestimable présence pousse le leader dans ses derniers retranchements. On sent vraiment qu’ils apprécient son jeu et qu’ils font en sorte de donner à ses idées l’espace qu’elles méritent. Ils le poussent, l’encouragent et lui ouvrent des portes, assurant en parallèle le soutient et la mise en danger de Thomas Savy.

En plus des 7 mouvements de cette suite (dont une en deux partie, puisqu’apparemment T.S. n’a pas pu mettre une lettre avant l’autre, et pour cause…), le trio reprend un titre de Duke Ellington et un titre de John Coltrane.



Une suite, un titre du Duke, un de Trane, un trio exemplaire, un soufflant Français partant à la rencontre d’une section rythmique d’Outre-Atlantique… Cela rappellera peut-être quelque-chose à ceux qui ont eu la bonne idée de se plonger à corps perdu dans l’écoute du « New-York Project » de Raphaël Imbert… Celui-ci est un proche de Thomas Savy (l’interprétation de « Lonnie’s Lament » lui est d’ailleurs dédiée) et les deux albums sont à mettre sur le haut du même panier, celui des albums à ne pas manquer…

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