03 février 2010

Das Kapital à Conflans Sainte Honorine


Hasse Poulsen : Guitare

Daniel Erdmann : Saxophone Tenor

Edward Perraud : Batterie





Dans le cadre de la 7eme édition du Festival « Jazzenville » organisé par l’association « Jazz au Confluent », le trio Das Kapital est venu, à l’initiative des organisateurs et de la médiathèque de la ville, présenter son nouveau projet.

Il s’agit d’une relecture des compositions de Hanns Eisler, compositeur Allemand dont l’histoire rendit le parcours chaotique. Exilé aux Etats-Unis en 1933 car sa musique ne plaisait guère au régime Nazi, il est montré du doigt puis auditionné à plusieurs reprises par la commission des activités non-américaines. Considéré comme un ennemi soviétique infiltré à Hollywood (il compose à l’époque pour le cinéma), il est contraint de rentrer en Allemagne de l’Est où il composera, en marge de ses autres travaux, l’hymne national de la République Démocratique Allemande.

Hanns Eisler écrivait sa musique comme on porte un étendard, et l’engagement de ses compositions trouve un écho dans la liberté d’interprétation du trio, dont les trois musiciens s’inscrivent dans la continuité de cette démarche entamée il y a plus de 75 ans : jouer pour faire tomber les murs, qu’ils soient physiques ou non.

Voici donc trois musiciens de la scène créative d’aujourd’hui qui s’approprient le répertoire d’un compositeur qui officiait à une époque ou le terme « Free Jazz » aurait suscité bien des débats…

Le respect porté à la musique d’Hanns Eisler est palpable, et l’approche artistique du Trio cohérente puisqu’à aucun moment les musiciens ne cherchent à « salir » les morceaux ou à les moderniser à outrance. C’est bien dans leur interprétation que le gros du travail est fourni.

Et cette interprétation est à large spectre puisqu’elle tient compte du contexte (contexte de l’époque que l’on peut malheureusement transposer à une actualité géopolitique toujours trop chargée…). Une interprétation qui déborde du cadre imposé par l’écriture, comme un cri de rage vient déchirer un chant d’espoir.

Les trois musiciens érigent à travers ce projet ambitieux et abouti un pont entre musique populaire et musique improvisée, rappelant qu’il n’est nul besoin de « surdéconstruire » pour créer une œuvre singulière.


A ce titre, la polyvalence des trois musiciens est à mettre en exergue.

Hasse Poulsen met son incroyable maîtrise de l’harmonie au service d’un jeu clair et lisible, grattant les cordes de sa guitare acoustique comme un guitariste Folk pourrait le faire, intercalant entre ses parties « pleines » des soli limpides et inventifs.

Daniel Erdmann passe d’un son chaud et soyeux à une sonorité rauque parfois à la limite de la brisure, ce qui lui permet d’exploiter une palette d’émotions très large. Sa présence discrète lors des soli d’Hasse Poulsen permet en outre à la musique de ne pas perdre en intensité.

Cette intensité doit également beaucoup au jeu puissant et varié d’Edward Perraud, qui semble exploiter chaque interstice de la masse sonore pour y glisser des idées qui ponctuent et mettent en relief le morceau. Jeu décalé tenant autant de la batterie que de la percussion (il utilise beaucoup d’accessoires, frotte, gratte, fait ripper ses baguettes, mailloches, archet et cymbales). Drive impeccable souvent suggéré, l’abstraction et le déplacement rythmique étant quasi omniprésents.

Le concert, vous l’aurez compris, m’a enthousiasmé. L’album aussi, et il est à mettre entre toutes les oreilles…

Aucun commentaire: