15 octobre 2009

Donny McCaslin Trio au Duc Des Lombards


Donny McCaslin : Saxophone Tenor

Scott Colley : Contrebasse

Antonio Sanchez : Batterie



Donny McCaslin est un remarquable saxophoniste que j’ai découvert sur le tard, lors de la sortie de son album “Recommended Tools” qui, comme son nom l’indique, est largement recommandable. Donny McCaslin y développe un jeu puissant et fourni, insufflant au trio une énergie et une densité décoiffantes.

Quelques vidéos sur Youtube et quelques écoutes d’albums de Dave Douglas plus tard, nous voici à l’entrée du Duc des Lombards, ou il s’y produit avec Scott Colley (que je connais depuis longtemps et apprécie beaucoup) et Antonio Sanchez (dont le nom m’est familier sans que j’arrive à l’associer à un jeu).

La grosse machine New-Yorkaise, en somme.

Le concert fut excellent.

On sent d’emblée que ces trois là s’entendent bien, s’écoutent beaucoup et prennent plaisir à jouer ensemble.

Le niveau technique est impressionnant et l’inspiration au rendez-vous.

Qu’il est plaisant, ce Jazz spontané, lorsque l’exposé d’un thème laisse la place à une montée en puissance rapide des trois musiciens, lorsque qu’ils improvisent, travaillent leurs lignes, s’appuient sur le jeu et les idées des deux autres pour jouer toujours plus fort, plus « tendu » !

Mêmes les ballades (une par set), magnifiques, aboutissent à cette densité.


Donny McCaslin développe un jeu tout en arabesques, avec une démarche assez proche de celle de Mark Turner (bien qu’ayant un jeu très différent), qui consiste à travailler une phrase en la reproduisant à plusieurs reprises dans ses chorus pour la faire partir de loin et l’emmener plus haut. Comme s’il cherchait la meilleure sortie possible, cette sortie de phrase qui projette le chorus ailleurs. Comme un mécaniciens qui peaufine le réglage d’un moteur jusqu’à ce qu’il démarre au quart de tour et tourne rond. Cette démarche n’exclue en aucun cas la folie et le lâcher prise. De très belles envolées, avec un son profond, chaud et très mat. Il faut dire que son saxophone, qui a visiblement un peu vécu, a un son magnifique, avec beaucoup de grain.


Scott Colley c’est le musicien à la croisée des chemins. Entre tradition et modernité, ses lignes élastiques et vagabondes assurent une rythmique impeccable sans jamais emprunter les chemins balisés. Il démontre avec pertinence et sobriété qu’il n’y a pas une mais une multitude de façon de transcender un morceau, de le colorer, de le faire évoluer. Capable de partir très loin dans une sorte de solo permanent ou d’assurer une rythmique sobre et envoutante, sa musicalité et son sens du placement apportent beaucoup de rondeur au son d’ensemble.



Antonio Sanchez est également au banc des accusés.

Pour les motifs de Swing, Groove, frappe énorme, solos inspirés, soutient efficace et propositions permanentes, justesse, raffinement et précision du jeu, sens de l’espace et joie communicative, l’accusé est jugé coupable.

La sentence tombe : L'accusé est condamné à entrer à perpétuité dans le cercle des batteurs qu’il faut absolument aller voir…


En résumé, deux sets splendides pour 2h30 de bonheur.

A écouter pour vous faire une idée : l' album "Recommended Tools", en trio également.



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