08 octobre 2009

Daniel Humair - Jubilé au Théâtre du Châtelet




Daniel Humair : Batterie

François Couturier : Piano

Jean-Paul Celea :Contrebasse

Louis Sclavis : Clarinette Basse et Saxophone Soprano

Matthieu Donarier : Saxophones Tenor et Soprano

Christophe Monniot : Saxophones Alto et Sopranino

Manu Codjia : Guitare

Sébastien Boisseau : Contrebasse

John Scofield : Guitare


C’est dans l’enceinte du magnifique Théâtre du Châtelet que Daniel Humair a décidé de fêter ses 50 ans de Jazz.


Cinq décennies passées à accompagner les plus grands (Chet Baker, Dexter Gordon, Joe Henderson, Steve Lacy, Julian Cannonball Adderley, Phil Woods, Stan Getz, Rashaan Roland Kirk, Eric Dolphy, Lee Konitz, Gerry Mulligan…), à faire évoluer la batterie de Jazz, et le Jazz tout court, avec une multitude de formations toujours innovantes et des collaborations ponctuelles ou durables avec les plus grands musiciens de Jazz des XXeme et XXIeme siècles.


Impossible de citer tout le monde, mais les baguettes du maître ont frappé ses peaux avec Martial Solal, Joachim Kuhn, Jean-François Jenny-Clark, François Jeanneau, Henri Texier, René Urtreger, George Gruntz, Pierre Michelot, Marc Ducret, Bruno Chevillon, Kenny Barron, Dave Holland, Dave Liebman, Antonio Farao, Miroslav Vitous, Pat Metheny, Tony Malaby et beaucoup, beaucoup d’autres encore…


Expériences multiples et variées, donc, avec cependant une constante : une qualité de jeu et une créativité qui donnent le vertige.


Entre les accompagnements « Straight » des débuts et l’abstraction des projets récents, il a parcouru, exploité et alimenté tout le spectre du Jazz moderne.


Pour cette grande soirée, il a offert un florilège de toutes ces facettes, accompagné de musiciens dont la seule évocation du nom laissait présager du meilleur.


Une soirée divisée en trois parties distinctes :

Tout d’abord, le trio Humair/Celea/Couturier, assez vite rejoint par Louis Sclavis, a proposé un concert scénarisé principalement basé sur des morceaux issus du magnifique album « Tryptic ».


Une rencontre très réussie entre Jazz moderne et, pour certains morceaux du moins, musique classique (« Ludwig », l'Allegretto de la Symphonie n° 7 de Beethoven).


Entouré d’ un Jean-Paul Celea tout en rondeurs, n’hésitant pas à aller taquiner le bas du manche de sa contrebasse pour aller y chercher des phrases d’une beauté toute féminine, et un François Couturier dont la virtuosité est toujours au service d’un jeu plein de sensibilité, entre pluie fine de notes cristallines et vagues d’accords dispensés avec souplesse et parcimonie, Daniel Humair s’est rapidement adonné à son exercice favori : une prise de risque de tous les instants dont le but est de faire un maximum de propositions aux autres musiciens. Il résulte de cette démarche une musique en perpétuelle évolution dont la complexité ne voile jamais la poésie.


Après quelques morceaux, Louis Sclavis fait son entrée, ajoutant une « voix » à la formation.


Tout à fait à l’aise avec le répertoire proposé et visiblement en phase avec le groupe, il a, comme toujours, su allier un lyrisme rare avec les débordements free dont il a le secret.


De très beaux échanges avec les autres musiciens, notamment lorsqu’il décide de converser avec Daniel Humair lors d’une introduction mémorable…


Cette première partie s’est clôturée sur une splendide interprétation d’une musique de film composée par Daniel Humair, « La ballade d’Ira » (je ne suis pas sûr du titre…)


Où quatre musiciens en état de grâce offrent un moment de toute beauté à un public déjà conquis.



Le groupe Bonus Boom s’est chargé de la seconde partie.

Approche différente et déferlante d’instants précieux.

Les cinq musiciens, qui tournent régulièrement ensemble, on proposé un set de premier ordre, set au cours duquel chacun a pu laisser parler sa folie.


De très beaux solos de saxophones (Matthieu Donarier et Christophe Monniot font bien partie des soufflants les plus doués de leur génération), une contrebasse (plus grave et puissante que celle de Jean-Paul Celea) impeccablement placée sans jamais tenir en place et la guitare rêveuse de Manu Codjia…

Daniel Humair, en formant ce groupe, a su s’entourer de ses meilleurs élèves et le niveau de jeu atteint des sommets. Rythme, énergie, abstraction, précision, justesse et écoute mutuelle son des qualités indéniables de cette formation hors du commun.


Pour la troisième partie de la soirée, le maître de cérémonie a été rejoint par Jean-Paul Celea et John Scofield.


Enfin, pour clôturer cette belle soirée de Jazz, tous les musiciens ont rejoint leur hôte sur scène pour une version décoiffante du « Good Mood » de Joachim Kuhn. Sacrée formation !

Un rappel plus tard (Impro Jazz Blues qu’on aurait aimé voir durer des heures), les lumières se sont rallumées et chacun a pu regagner ses pénates, avec de très beaux souvenirs en tête et un sourire au coin des lèvres.


« Si ça vous a plu, revenez l’année prochaine », a lancé Daniel Humair sur le ton de la plaisanterie.

Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas, donc cher Daniel je vous prends au mot, et attend avec impatience le jubilé 2010.

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