05 septembre 2009

Ambrose Akinmusire - "Prelude to... Cora"

Ambrose Akinmusire: Trompette
Aaron Parks: Piano
Chris Dingman: Vibraphone
Walter Smith III: Saxophone Tenor
Joe Sanders: Contrebasse
Justin Brown: Batterie
Logan Richardson: Saxophone Alto (5, 9)
Junko Watanabe: Voix (1, 5, 7)


Comme je le disais récemment dans le reporting du concert du Quartet d’Ambrose Akinmusire au Sunside, je suis rentré chez moi avec l’album du fabuleux trompettiste que j’ai découvert ce soir là…

Si le concert était très Bop (j’allais dire « classique », mais peut-on qualifier de classique une musique intemporelle ?), cet album est remplit de Jazz moderne !

Une autre approche, donc.

Avec pas mal de similitudes tout de même :
Ambrose Akinmusire, en live comme en studio, laisse son ego au vestiaire pour servir la musique et non se servir de la musique.

La tentation est grande, j’imagine, pour un jeune virtuose de « surjouer » sur son premier album.
Pour se faire un nom, une place.
Parce que le Jazz a toujours eu ses héros, et qu’à 27 ans on peut avoir envie de devenir un des héros des décennies à venir…

Il n’en est rien. Le lourd bagage d’Ambrose (En 2007 il a emporté la Thelonious Monk International Jazz Competition, et la Carmine Caruso International Jazz Trumpet Solo Competition, deux des concours de jazz les plus prestigieux au monde.) ne semble pas peser sur son jeu.

Il nous offre donc un album réfléchit, original et enthousiasmant.
L’utilisation toujours pertinente du vibraphone, des nappes vocales de Junko Watanabe et de quelques effets électroniques donne à cet opus une couleur très particulière, une ambiance qu’il m’est difficile de décrire ici.

Procurez-vous cet album, vous verrez de quoi je parle !

Toujours est-il que la musique coule de source ou jaillit comme un geyser, selon les morceaux ou au sein d’un même morceau.
Les solos, et c’est l’un des paramètres qui éloigne « Prelude…To Cora » des formules tant usitées en Jazz, ne se succèdent pas les uns aux autres.
Nous ne sommes pas sur un schéma Thème, solo de trompette, solo de saxo, solo de piano, solo de vibraphone, solo de contrebasse, roulement de caisse clair, thème.
Non. Ici, chaque intervention de musicien, chaque partie, chaque thème, chaque transition, chaque effet est destiné à nourrir une idée, façonner une oeuvre. A ce titre, il me paraît plus juste de parler de « pièce » que de « morceau ».

Ces différentes pièces s’enchaînent naturellement pour aboutir à un album monté comme un film, qui s’écoute d’une traite.

Cette volonté de créer un opus homogène n’empêche bien évidemment pas, au contraire, l’écriture de très beau thèmes, joués avec finesse et conviction par des cuivres/ bois excellent, à commencer par Ambrose, impérial de musicalité et de créativité.

Walter Smith III nous gratifie également de très jolies parties ou son jeu tout en volutes et sa sonorité matte invitent au voyage. Apaisant ou dynamisant, toujours à-propos. Ses échanges avec Logan Richardson font plaisir à entendre.

Aaron Parks et Chris Dingman, qui ne se marche jamais sur les pieds, colorent avec beaucoup d’imagination les compositions. Leurs échappées solitaires sont toujours d’une infaillible musicalité.

Joe Sanders pour sa part développe des lignes assez épurées qui portent la musique avec sobriété, tout en suggérant aux autres musiciens de nouvelles directions, tout comme la batterie vivante de Justin Brown.

Mention Spéciale à Junko Watanabe, présente sur trois titres seulement, mais dont les vocalises d’un lyrisme rare contribuent largement à l’originalité de cet album réjouissant.

Deuxième excellente surprise, donc, après le concert au Sunside.

Ca y est, Monsieur Akinmusire, vous faites partie des musiciens que l’on surveille, et de près !

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