01 juillet 2009

Stephan Oliva, Bruno Chevillon et Paul Motian - Fantasm



Stephan Oliva : Piano
Bruno Chevillon : Contrebasse
Paul Motian : Batterie




Voilà un album qui met particulièrement en valeur ces trois grands musiciens.
Pour plusieurs raisons.


Tout d’abord, les compositions, magnifiques, laissent suffisamment d’espace aux trois protagonistes pour développer leur jeu. Chacun apporte sa touche et la somme de leur travail individuel amène une approche collective des plus séduisantes.
Chacun profite des interstices laissés par les autres pour nourrir une musique à la fois riche et aérée.


On ne fait pas vraiment la distinction entre rythme et mélodie puisque chacun apporte sa poésie. La contrebasse et la batterie sortent de leur rôle « d’accompagnement » et contribuent grandement à la beauté de l’ensemble.


Pour utiliser une image, leur façon d’appréhender la musique me fait un peu penser à un banc de dauphins joueurs, lorsque l’on voit ces cétacés sortir de l’eau à tour de rôle dans un ballet à la fois énergique et apaisant.


Notre attention, lors d’une première écoute, a du mal à se focaliser sur un seul instrument. Tous sont mis en valeur à tour de rôle, et lorsque l’un d’entre eux se fait plus discret, c’est pour mieux ressurgir quelques secondes plus tard, au détour d’une phrase élégamment pensée, d’un contrepoint surprenant ou d’une harmonie inattendue.
La musique est donc « tressée », ce qui lui donne une consistance réjouissante sans jamais qu’elle ne soit surchargée.


Stephan Oliva, Bruno Chevillon et Paul Motian se montrent si présents et inventifs que l’on peut aisément se focaliser, une fois la première écoute passée, sur leurs parties respectives. Rares sont les albums dont on peu à ce point apprécier une écoute « instrument par instrument ».




Le piano de Stephan Oliva est capable d’une discrétion qui est la marque des grands comme de fulgurances toujours pertinentes. Calmement, insidieusement, l’ambiance se pose, la mélodie se créée, se décompose. Parfois suggérés, parfois joués en toute simplicité, les thèmes sont mis en valeur d’une façon nouvelle à chaque morceau, sans que l’album ne perde en cohérence.


L’immense Bruno Chevillon, dont on ne ventera jamais suffisamment les mérites, soutient, complète, relance amoureusement, sans jamais trop en faire mais en proposant systématiquement. En pizzicato ou à l’archet, son jeu participe à la mise en relief de la musique du trio, l’emmenant vers des contrées dont on n’aurait de prime abord pas pu soupçonner l’existence.



Paul Motian, batteur dont la réputation –méritée- n’est plus à faire, troque une fois de plus le classique chabada contre une pulsation qui lui est propre, légère tout en étant appuyée, ce qui lui permet de colorer la musique, de mettre en valeur ses compagnons et d’apporter une dimension supplémentaire à un projet qui n’en manquait déjà pas. Au contraire…

Si chaque composition est un petit bijou en soi, l’album, dans sa globalité, a été extrêmement bien construit, avec une alternance de morceaux joués avec simplicité et de compositions plus alambiquées. L’équilibre entre partie écrites et improvisées est remarquable, et les morceaux s’enchainent sans qu’à aucun moment l’attention de l’auditeur ne baisse d’intensité.

Il me paraît important également de saluer la qualité de la prise de son. Chaque instrument bénéficie d’un son clair, chaud, boisé, ample. Du très beau travail.


Pour compléter l’écoute de ce petit joyaux de Jazz moderne, je vous recommande également l’album « Intérieur Nuit », enregistrement d’un concert où ces trois grands messieurs nous offrent une musique un peu plus tendue, plus rapide, mais tout aussi magique.

Extraits :
Intérieur Jour
Five Miles To Wrentham
Dance
Sables
Fantasm
Blue Midnight
Fiasco
Impromede
Etude
"M"
Folk Song For Rosie
It Should Have Happened A Long Time Ago

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