02 juin 2013

A vos plumes!




Bonjour à tous,

J'ai quelques exemplaires du magnifique disque de Sébastien Texier à disposition...
Je vous propose un deal: si cela vous tente, je vous en fait parvenir un, en contrepartie de quoi je vous demande d'écrire un texte, que je publierai sur ce blog.

Vous pouvez écrire ce que vous voulez à partir du moment ou cela a un rapport avec l'album ou à ce qu'il vous évoque: une chronique du disque, d'un morceau, un poème que le disque vous inspire, une analyse, un ressenti... Vous avez carte blanche!

Si cela vous intéresse, vous pouvez laisser un commentaire ou me faire parvenir un mail en cliquant sur la petite enveloppe en haut à droite....

Je suis impatient de vous lire!



20 mai 2013

Sébastien Texier – Toxic Parasites




Sébastien Texier : saxophone alto, clarinette, clarinette alto
Alain Vankenhove : trompette, bugle
Bruno Angelini : piano
Frédéric Chiffoleau : contrebasse
Guillaume Dommartin : batterie


La création de ce quintet est l’occasion pour Sébastien Texier de réunir des musiciens avec lesquels il a pu partager de nombreux moments, et l’on sait que c’est là sa façon de concevoir un groupe. Commencer par regarder autour de soi, dans son proche entourage ou ses récentes rencontres, et imaginer les associations permettant de donner vie à sa musique. Celle-ci, comme un prolongement naturel de son phrasé au saxophone ou aux clarinettes, dévoile tour à tour ses embardées physiques et ses parts de rêve. Si cette configuration avec anches, trompette, piano et section rythmique fit les belles heures des boppers durant plusieurs décennies, elle est ici envisagée comme une source de moyens à mettre en face d’une esthétique qui se démultiplie au fil des titres et révèle peu à peu le potentiel narratif d’un quintet au sein duquel les rôles sont redistribués à l’envi. De ces contournements naissent des émotions nuancées, et la musique de Sébastien Texier nous rappelle que chaque chose a son versant baigné de soleil. Alors, au fil de ces huit compositions,  on se souvient d’un musicien sublime à qui l’on chante, en juste retour des choses, encore un peu de beauté ; on se laisse envahir par cette nostalgie qui, plus qu’une élégante forme de tristesse, est une belle manière de ne pas oublier ; on s’enivre de cette insouciance avec laquelle nos retrouvailles sont toujours une célébration de ce que l’on ne devrait cesser d’être.

Les compositions sont ici pensées avec un grand respect pour la mélodie, et celles-ci s’ancrent un peu plus en nous à chaque écoute. Mais si la notion de thème est claire pour des titres comme « Song For Paul Motian » ou « L’insouciance », l’écriture du saxophoniste enchante également par l’attention portée à la mise en place, les solistes n’étant pas toujours ceux que l’on croit. Ainsi le riff qui ouvre l’album, joué par le saxophoniste et Alain Vankenhove, s’avère être plus structurel que narratif, puisque le magnifique thème est dans un premier temps interprété à l’unisson par le piano et la contrebasse, avant que les rôles ne s’échangent dans un ballet savamment orchestré. Plus loin, sur « Le courage ne fait pas tout », les instruments à vents laissent flotter une phrase qui met en relief le discours tressé dans l’instant par Bruno Angelini, Frédéric Chiffoleau et Guillaume Dommartin. « Le jour d’après » (pièce dédiée aux victimes de Fukushima) bénéficie également d’une audacieuse construction. On y entend, à travers une expression collective qui se déconstruit et se durcit, la catastrophe, suivi de la désolation, subtilement mise en musique par le pianiste et le contrebassiste, et enfin la reconstruction, le retour à la vie symbolisé par un retour au thème et une réapparition du rythme. Sébastien Texier se serait bien passé de certaines sources d’inspirations, mais s’il met des notes tranchantes en face de vies froissées et de comportements condamnables, il en trouve d’autres, rondes et positives, pour évoquer les belles choses et les belles personnes, pour faire de ce disque une célébration autant qu’un acte de dénonciation.

Attentif au message autant qu’à la forme, Sébastien Texier a su constituer un groupe à même de relayer efficacement ses intentions, de se les approprier pour donner vie et magnifier ses idées. Le quintet affiche une synergie qui fait plaisir à entendre, et les qualités d’expression de ses membres sont utilisées à bon escient, chacun trouvant au cœur d’un agencement orienté vers le son d’ensemble et la complémentarité des timbres des espaces propices au développement d’interventions solistes qui rendent justice au talent des musiciens. Aucun instrument n’est mis en avant, mais personne n’est sous-employé ; les solos sont courts et plein de sens, l’improvisation se mêle à l’écriture sans ruptures ni plans prémédités. Il y a du blues, dans Toxic Parasites. Du bop aussi. Un tout petit peu de free. Il y a des ballades et des invitations à la danse. Il y a de la joie, des peines, de l’amour et de la révolte. Il y a de l’engagement mais aussi de la retenue, de la technique qui devient musique, des volutes et des angles.

La beauté des thèmes et la générosité du quintet font de Toxic Parasites l’un de ces disques que l’on garde à portée de main, car son écoute est toujours réconfortante. Le concert donné au Sunside il y a quelques jours à l’occasion de la sortie de l’album confirme qu’il faut compter avec ce groupe solide et inventif, dont on espère qu’il pourra partager avec le plus grand nombre sa musique, parce que franchement, elle fait du bien.

09 mai 2013

Henri Texier Hope Quartet - At l'Improviste





Sébastien Texier : saxophone alto, clarinette, clarinette alto
François Corneloup : saxophone baryton
Henri Texier : contrebasse
Louis Moutin : batterie



Nous y étions !
C’était le 21 décembre 2011, Noël avant l’heure en somme.
La péniche l’Improviste n’avait ouvert ses portes que depuis quelques mois, et une carte blanche avait été donnée à Sébastien Texier, qui avait sur cinq dates invité des musiciens pour jouer des répertoires écrits pour l’occasion (c’est là qu’il joua pour la première fois avec le quintet qui vient de sortir le fantastique Toxic Parasites dont nous reparlerons très vite) ou déjà existants. Pour le quatrième concert de cette résidence, le saxophoniste a convié François Corneloup, Henri Texier et Louis Moutin à le retrouver sur des compositions majoritairement empruntées à l’œuvre du contrebassiste, ce qui explique que ce disque sorte sous son nom. Il parle même à propos de ce quartet d’un cadeau de son fils, puisqu’il a vu en ce groupe la formation avec laquelle il souhaitait poursuivre son aventure. Mais revenons à notre cale. On s’y bousculait et il y régnait le parfum des grands soirs, allez savoir pourquoi. Les musiciens étaient interviewés sur le pont intermédiaire, au niveau du restaurant. Il y avait parmi les spectateurs quelques têtes connues, journalistes ou musiciens. Peut être que cette atmosphère d’happening non prémédité était prémonitoire… Il se trouve que les deux sets, qui devaient initialement, en éphémères friandises, n’être goûtés que par les spectateurs, furent enregistrés, pour archive, par Denis Gambiez, qui officie derrière la console de la péniche et est donc coupable pour le bon son équilibré dont elle est envahie. A l’écoute des bandes, Henri Texier tombe d’accord avec le public présent ce soir là : c’était un de ces concerts qu’il ne faut pas laisser partir. D’où la décision de publier le second Live de sa belle carrière, 27 ans après Paris-Batignolles.

Il eut, c’est vrai, été dommage de ne pas partager avec le plus grand nombre ces versions charnues de certains des titres emblématiques du contrebassiste, tels « Desaparecido », dont le quartet délivre une interprétation pleine d’engagement, ou « Sacrifice », titre tendu et poignant qui figure régulièrement au programme de ses concerts. Parce que trois des musiciens faisaient partie du Strada Sextet, trois titres de l’album Alerte à l’eau ont également été choisis : « O Elvin », sur lequel Louis Moutin, qui mêlait ses frappes pour la toute première fois aux cordes de Texier, joue vraiment à la manière d’Elvin Jones, en poussant la musique et en l’alimentant d’une énergie continue, « Blues d’eau », dont les couleurs nostalgiques n’appartiennent qu’à leur auteur, et « SOS Mir », qui conclut le disque sur les notes déchirées de Sébastien Texier et François Corneloup. Trois compositions de Sébastien Texier viennent compléter l’ensemble, « La fin du voyage » (issu de son disque Don’t Forget You’re An Animal), « Song For Paul Motian » (celui là figure sur le nouveau !), et « Roots ».

Des titres, en somme, bien connus de ceux qui suivent ces musiciens, mais joués dans une esthétique plus sale, plus esquintée que dans leurs versions studio. Ce côté  brut est accentué par le dépouillement qui résulte de l’absence d’instrument harmonique, ce qui n’est pas une nouveauté (on se souvient des délices de cette « absence » sur Remparts d’argile, sur Respect, au sein du trio qu’il partage avec Aldo Romano et Louis Sclavis où dans la musique du spectacle L’œil de l’éléphant) mais pas une constante non plus, Henri Texier ayant durant de nombreuses années paré ses mélodies des couleurs chatoyantes du piano de Bojan Z puis de la guitare de Manu Codjia. Sébastien Texier, à l’inverse, vient seulement d’intégrer le piano dans son univers personnel en invitant Bruno Angelini à décliner ses notes en nuances au sein de son nouveau quintet. Lors de ce concert il y avait donc des compositions de l’un joués avec la formule de l’autre, ou le contraire, mais finalement on s’en fiche. Ce qui est important, pour l’heure, c’est ce Hope quartet, qui délivre une énergie propre aux concerts donnés en club, avec un son très sauvage, y compris sur les blues et les ballades. L’expressivité des musiciens n’est pas bridée par des contraintes de temps et de longs solos jalonnent les morceaux, tirant invariablement le son d’ensemble vers un bouillonnement, une tension qui dressent finalement un pont entre la dramaturgie des compositions et les élans libertaires des musiciens qui les interprètent.

Et comme, ce soir là comme beaucoup d’autres, les musiciens étaient « dedans », cela donne quelques 72 minutes de musique vivante, traversée par des solos de saxophones et de clarinette sublimes, par les longues notes élastiques de la contrebasse, qui ne boude pas son plaisir de trouver en Louis Moutin un interlocuteur de marque. Alors, pendant que tout ce petit monde s’affère, et bien nous on se délecte, parce qu’il y a  là beaucoup de sensibilité, des instants fragiles et poétiques, mais aussi de la colère, des dérapages contrôlés et une sacré envie d’en découdre, parce que continuer la lutte c’est continuer à vivre, et parce qu’à travers cet engagement entrent en résonnance les combats nécessaires, les devoirs de mémoire et les bonnes nouvelles à venir. Hope.












04 mai 2013

Mathilde and The Anachronic Septet - You Irresistible You




Mathilde : voix

The Anachronic Septet:
Rémi Meurice : saxophone alto, arrangements
Maxime Berton : saxophone tenor
Timothée Quost : trompette
Armand Dubois : cor
Enzo Carniel : piano
Zacharie Abraham : contrebasse
Ariel Tessier : batterie

James Dempsey : guitare


Mathilde comment ? Mathilde.
Autant faire court. Un prénom, donc, que je vous invite à retenir, et un single que je vous conseille d’écouter.

Face A.

« You Irresistible You ». Rien que le titre sonne comme celui d’une chanson de Georges Shearing. Le saxophone alto qui fend le silence ne dément pas. L’Anachronic Septet qui lui emboîte le pas non plus. Il s’agit d’une belle chanson qui sonne « à l’ancienne », portée par l’élégance d’un trio de velours et la puissance d’une petite section de cuivres qui fait sonner l’ensemble comme une formation étendue. Mathilde, qui aime les grandes dames du jazz mais aussi les héros de la soul, profite de ce luxueux écrin et donne à sa mélodie des airs de standard, avec un phrasé précis, un vibrato utilisé avec parcimonie et une voix joliment timbrée, qui s’éraille très légèrement de temps en temps à la manière de l’une de ces influences, Adèle.
A travers cette chanson, Mathilde parle d’amour, à sa façon, en évoquant le « je m’en fous du reste » qui le caractérise. Et là où ça marche bien, c’est que le groupe met des sons en face des sentiments. Le piano qui égrène volontiers quelques arpèges romantiques, la batterie qui pulse comme un cœur qui bat, la contrebasse et sa sensualité, le saxophone ténor qui chante comme l’amant sifflote, les cuivres en afflux de joie.  C’est positif, entraînant et juste.

Face B.

« It’s Been So Long ». James Dempsey joue un riff qui tourne en boucle, un accompagnement pop/soul rythmé par la percussion de cordes grattées à vide sur le quatrième temps. Il a un beau son, James Dempsey, et le solo qu’il superpose à sa rythmique est gorgé de blues.  Sur ce titre, Mathilde est moins dans le swing et plus dans le groove, si cela veut dire quelque chose. Mais elle y chante avec autant de talent, autant d’enthousiasme.  Ce duo a de la gueule.

Quel que soit le côté choisi, brillant ou mat, ce single, pour l’heure disponible en téléchargement légal et bientôt disponible physiquement, nous fait découvrir une chanteuse pétillante que vous pourrez venir écouter le 23 mai sur l’Improviste.

A voir, aussi, une vidéo tournée pendant l'enregistrement.

03 mai 2013

Marcel et Solange - Marcel et Solange






Gabriel Lemaire : Saxophone alto, clarinette alto
Valentin Ceccaldi : Violoncelle, horizoncelle
Florian Satche : Batterie


Composé de trois membres bien obligés d’assumer leur part de responsabilité dans l’effervescence que l’on peut observer autours du Tricollectif, Marcel et Solange est un trio dont les qualités justifient leur place dans la douzième promotion de la tournée Jazz Migration portée par l’AFIJMA et la FSJ. Ce premier album éponyme nous plonge sans détour dans leur univers aussi singulier qu’enthousiasmant.

Et ça parle de quoi ce disque, alors ? Et bien ça parle d’Ernestine, de Jean-Pierre, de Joe, et aussi bien sûr de Solange, Marcel et de leur cochon Paquerette. Des personnages, donc, dont il nous appartient d’imaginer les histoires, les épisodes de vie, dans leur ferme située non loin de Bruges. On nous donne des noms, des lieux, et une belle feuille blanche pour écrire leurs aventures. Celles que la musique m’a inspirée sont somme toute relativement simples, car ce que j’entends me touche à la manière d’un regard qui ne fuit pas, d’une franche poignée demain, d’un repas simple partagé pour le plaisir du moment. Tout n’est pas rose à la ferme, donc la musique se charge de dissonances, mais c’est aussi parce qu’ils savent faire face à ces petits tracas du quotidien, à la vigueur de l’hiver et la dépense physique qu’engendre le travail du champ de patates que nos personnages savent trouver le chemin le plus court entre leurs intentions et nos émotions, leurs gestes et nos sourires. Ca parle vrai, chez Marcel et Solange, on ne fait pas de chichi. Et ce jazz vivant est, contre toute attente, un vecteur idéal pour retranscrire cette rurale vitalité.

Gabriel Lemaire, saxophoniste et clarinettiste qui nous avait déjà régalé au sein du quartet Walabix, n’est pas de ceux qui cherchent à saturer la musique. Souvent à la pointe du triangle dans son rôle de narrateur, il s’appuie sur sa sonorité chargée de souffle, pour jouer de longues notes embrumées et parfois détimbrées qu’il alterne avec des phrases tranchantes qui se départissent rarement, y compris lorsqu’il va taquiner les aigues, d’une certaine langueur. Sa voix originale s’appréhende sur la longueur, car son jeu est un cheminement, un récit que l’on absorbe à la manière d’un texte lu par un acteur talentueux, dramaturge soucieux de la justesse, jusque dans la violence de son propos (« Pâquerette »).
Valentin Ceccaldi, amène, en plus des compositions dont il est majoritairement l’auteur, des couleurs et des matières qu’il tire de son violoncelle, en alternant le pizzicato et l’archet comme autant de réminiscences de deux cultures dont il semble inondé, le jazz et la musique savante. Naissent sous ses doigts des lignes de basses solides et aventureuses, mais aussi de longs frottements impressionnistes à travers lesquels il va fondre ses notes dans celles du saxophone (« Bruges ») pour en souligner la délicatesse. Sur « Champ de patates », il tire de son instrument, en le posant sur ses genoux et en le jouant à la manière d’une harpe un motif moelleux et obsédant. Le temps d’un titre fougueux (« Solange », qui n’a pas l’air commode), puis d’un autre plus aérien (« Ernestine », qui semble plus calme bien qu’un peu tourmentée) il convoque la déesse électricité et utilise l’Horizoncelle, instrument hybride dont il tire des sons qui élargissent sa palette pourtant déjà étendue. Il assure en outre la cohésion du trio en dialoguant de façon incessante avec Gabriel Lemaire mais également avec Florian Satche, batteur/ bruiteur inspiré sachant tirer d’un set de batterie peu envahissant une multitude de couleurs. Florian Satche, c’est le genre de batteur super nerveux qui semble lutter en permanence pour accorder ses gestes à son flux d’idées. Il change souvent de baguettes, en utilise de plus ou moins fines en fonction du son qu’il recherche, il saisit des objets dont il tire des bruits qui vont grosso modo du flocon qui se pose à l’avalanche qui dégringole, il explore les moindres recoins de sa batterie à la recherche de la frappe qui viendra sublimer l’instant. Mais il n’en découle que de la diversité, et pas d’éparpillement. Car c’est en étant totalement dans la musique qu’il laisse libre court à sa fantaisie. Côté frappes, donc, ça cogne dur, mais ça caresse aussi. Ca teinte, ça bruisse, ça évoque. Ca groove, d’une certaine manière.  Tout d’ailleurs, ici, se fait d’une certaine manière. Sans manières, par contre. A la bonne franquette, avec une auge bien remplie d’émotions et de plaisir pour tout le monde. Merci bien.


18 mars 2013

Sleeping In Vilna – Why Waste Time




Mike Ladd : Voix, claviers
Carol Robinson : Clarinettes, voix
Dave Randall : Guitare
Dirk Rothbrust : Batterie et percussions


Pourquoi perdre du temps quand on peut aller à l’essentiel ?
Le titre de l’album est probablement la seule question que se sont posé les quatre musiciens inclassables de Sleeping In Vilna.
Enregistrés en partie en studio mais aussi sur la scène des Instants Chavirés, les treize petits formats du disque se dégustent à l’aveugle, comme ça, pour le plaisir de sauter de belle surprise en belle surprise. Dès le début du disque, la voix ensorcelante de Mike Ladd nous prend par la main et nous entraîne dans ces chansons qui puisent leurs richesses dans des influences variées, du Rock au Hip-Hop en passant par la musique contemporaine, la Pop, l’Electro (ce grand fourre-tout) et bien-sûr le Jazz (ce super grand fourre-tout). Pour tout dire, l’énumération de ces styles semble paradoxalement réductrice, puisque c’est justement une musique non-étiquetable qui nous est proposée, et elle ne fait que puiser dans ce grand réservoir d’esthétiques les essences nécessaires à l’élaboration du cocktail aux saveurs acidulées qui nous est servi sur un plateau par le label Ayler Records.

Pas de frontières, pas de limites, pas de contraintes si ce n’est celle de s’inventer un monde et de le partager… La démarche est belle et le résultat surprend, déstabilise, puis, rapidement, séduit. Jusqu’à devenir un album vers lequel on se dirige quand l’envie nous prend de nous rafraîchir les oreilles avec de l’inhabituel, et force est de constater que l’on ressent un confort certain en chaussant ces bottes des sept lieues musicales. Tout d’abord parce que le discours ne se dilue pas dans d’inutiles effets de styles visant l’inouï, mais aussi en raison des qualités intrinsèques de ces courtes pièces qui ont des allures de manifestes esthétiques, comme si chaque titre représentait une bonne occasion de redistribuer les cartes. L’originalité tiens de la complémentarité des musiciens et de leur ouverture d’esprit, mais aussi de la diversité des rôles que chacun s’attribue dans le flux des improvisations qui servirent de matière première à la formalisation de cette suite hétéroclite de courtes rêveries majoritairement calmes et apaisantes au sein desquelles le phrasé aérien et minimaliste de Carol Robinson et les guitares flottantes de Dave Randall tournoient et créent d’inattendus climats éthérés. Ils inspirent à Dirk Rothbrust des chants de percussions aussi discrets qu’essentiels, scintillements qui laissent place à des rythmiques plus soutenues sur les titres enlevés mais aussi sur « Drenched In Us », dont la délicatesse n’est pas altérée par la batterie mise en avant. Le titre accidenté « Past Chaser » se termine par un étonnant solo de batterie plongé au cœur d’une jungle de sons urbains. Mike Ladd, rockeur-récitant, rappeur-poète ou slameur-improvisateur, investit chaque morceau et y appose sa signature vocale, qui mêle douceur et rugosité à la manière de l’écorce.

Le marcheur aimant à se perdre trouvera en cette belle petite maison de bois un refuge accueillant. Elle constituera, c’est selon, une étape dépaysante ou une adresse à retenir. Ma promenade m’a conduit jusqu’à elle. J’y reviendrai pour m’abriter des vents violents.